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CATL 2015 : Ecosystèmes logistiques et partenariats comme facteurs d’intégration régionale et catalyseurs de croissance partagée

CATL (1)La première journée du premier congrès africain des transports et de la logistique (CATL) a été une grande réussite, ce qui correspond bien aux attentes de beaucoup. Après l’ouverture de l’événement par différentes allocutions, suivie de l’inauguration officielle de ce grand salon en présence du chef de gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane, et d’autres hautes personnalités marocaines et étrangères, le congrès a poursuivi son cours en abordant deux thématiques sur les six retenues pour les trois jours que durera l’événement. Ministres africains, opérateurs publics et privés, ainsi que des partenaires mondiaux de l’Afrique, ont contribué à l’enrichissement de la réflexion sur ces sujets. Tous les intervenants sont unanimes pour affirmer que les écosystèmes logistiques et les partenariats, en tant que facteurs-clés de l’intégration régionale, font encore défaut en Afrique. Ils sont en deçà des atouts du continent, qui abrite un milliard d’individus et réalise une croissance soutenue, soit 5% durant la dernière décennie. L’échange a été dans ce sens très fructueux.

Le premier panel a traité des écosystèmes logistiques, question importante pour des considérations de compétitivité et d’efficacité. En effet, on ne peut augmenter la part des transports et de la logistique sans les écosystèmes, mais aussi sans ressources humaines qualifiées. Le Maroc, voulant relever ce défi, oriente ses moyens dans la formation en lançant 7 000 places pédagogiques assurées par plus de 70 Instituts de formation dans le domaine. Ceci dit, souligne Najib Boulif, Ministre délégué chargé du Transport, ajoute qu’« il est souhaitable de revoir le cadre juridique et fiscal du secteur afin qu’il soit plus adéquat et plus incitatif ». Najib Boulif a par ailleurs mis l’accent sur le partenariat public-privé comme élément fondamental pour réussir la mise en place d’écosystèmes logistiques. Au Maroc, les acteurs comme l’AMDL, la SNTL, TMSA, ou encore l’ONCF, ont une grande expérience dans le domaine et sont très impliqués dans la stratégie nationale de la logistique. Le Directeur général de l’Agence marocaine pour le développement des activités logistiques (AMDL), Younes Tazi, souligne que l’Afrique, avec sa forte croissance, génère de plus en plus de flux pour les logisticiens, notamment pour les secteurs porteurs. Or, plus les flux augmentent, plus les coûts logistiques baissent.

Au cours de ce panel, l’expérience du port de Tanger Med a été présentée comme l’une des grandes réussites du Maroc. Avec une capacité de 8 millions de conteneurs, soit la plus grande capacité dans le bassin méditerranéen, ce port offre la multi-modalité, avec un trafic de 700 000 camions par an et la présence sur place de 650 entreprises en activité. Il enregistre un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros et 2 milliards d’euros d’investissement privés. Le port a réussi son ancrage régional, d’autant plus que les flux vers l’Afrique sont appelés à se développer.

Le panel sur ce sujet a été l’occasion de partager l’expérience d’autres pays en la matière. C’est ainsi que le Ministre djiboutien de l’Equipement et des Transports, Moussa Mohamed Hassan, présent au Congrès, a livré un aperçu sur l’expérience de son pays : « Nous sommes sur la deuxième importante route maritime du monde, qui réalise plus de 30% du trafic mondial de marchandises. Djibouti, de par sa situation géographique, est un lien entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe».

Il convient de souligner l’importance de ces échanges d’expériences des différents pays africains, car il en résulte la nécessité de nouer des relations de partenariats pour partager le

savoir-faire et se développer ensemble. C’est cette question de partenariats qui a fait l’objet du deuxième panel dans la journée du 25 novembre 2015. Les partenariats ont leur rôle à jouer dans les croissances partagées. Malheureusement, les pays africains scellent moins de partenariats. A ce sujet, le Ministre des Infrastructures, du Désenclavement et des Transports du Burkina Faso, Traoré Daouda, a présenté l’expérience de son pays, soulignant le besoin urgent de sceller des partenariats en vue du développement : « Notre pays est géographiquement enclavé, ne disposant d’aucune façade maritime. Le transport est donc primordial pour développer l’activité économique. Nos échanges commerciaux doivent transiter par d’autres pays. Pour développer le partenariat avec les Etats africains, il faut des projets intégrés. Pour les réussir, il faut d’abord la volonté politique, le financement et un encadrement technique adéquat. Nos partenaires financiers, comme la BAD, nous ont permis de lancer plusieurs grands chantiers et nous réalisons des projets en collaboration avec les autres Etats de l’Afrique de l’Ouest dans le domaine routier, ferroviaire ou de logistique », affirme-t-il. Jean-Jacques Ado Ado, Représentant permanent du port de Saint Pedro d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, est allé dans le même sens en présentant les caractéristiques de ce port : « Ce port participe activement dans l’économie nationale. Il emploie 10 000 personnes, qui travaillent pour une centaine d’entreprises. Nous allons le développer à travers une nouvelle plate-forme logistique et un nouveau terminal », a-t-il lancé.

Pour le cas du Maroc, Mohamed Ben Ouda, Directeur général de la SNTL, a d’abord rappelé les trois pôles d’activité de son entreprise : un pôle Supply chain relatif aux transports et à la logistique, un pôle Appui au développement régional qui comprend SNTL Immo et la gestion des gares routières de voyageurs, et un pôle Services partagés comprenant le Fleet management et l’assurance. Il a ensuite expliqué les progrès réalisés : « Au cours des 5 dernières années, la SNTL a connu un essor remarquable. Le développement de notre activité nous permet de gérer avec efficacité plusieurs domaines comme le fleet managment, qui concerne la gestion des véhicules de l’Etat. Cela commence par l’achat, l’assurance, l’entretien et aussi la vente. En ce qui concerne le partenariat africain, il faut davantage de connectivité pour assurer une croissance partagée. La création de nœuds et d’écosystèmes permet d’assurer cette intégration et de développer la logistique ».

Réformes institutionnelles et capital immatériel : piliers fondamentaux (suite)

Le Premier Congrès Africain des Transports et de la Logistique (CATL2015) tenu à Rabat du 25 au 27 novembre courant, sous le thème « Pour la création d’écosystèmes logistiques régionaux », a été ponctué d’une série de panels pertinents animés par des professionnels bien choisis. Lors de la journée du 26 novembre, ce sont les troisième et quatrième panels qui ont été animés, portant respectivement sur les réformes institutionnelles, et le capital immatériel et le développement du leadership. C’est à travers ces thématiques qu’a été mis en évidence le caractère crucial des réformes et de la formation pour assurer l’essor d’un secteur aussi capital que celui des transports et de la logistique pour les économies africaines.

Mohamed El Ouafa, Ministre délégué chargé des Affaires générales, a martelé que « les réformes importantes initiées au Maroc depuis les années 60, avec la politique des barrages et les grands projets d’infrastructures mis en place à partir des années 80, ont permis de rétablir l’équilibre de l’économie spatiale du pays ». Puis il a ajouté que « l’ouverture économique du Maroc devrait indubitablement être accompagnée de nouvelles infrastructures ». La vague de réformes initiées au Maroc a facilité l’adoption du partenariat public-privé (PPP), mais aussi renforcé la transparence dans la commande publique, deux paramètres qui ont le plus contribué au développement du secteur des transports et de la logistique.

De son côté, le Président du Conseil national du Patronat sénégalais, Baïdy Agné, a présenté les réformes portuaires majeures mises en place au Sénégal. Il n’a pas manqué de souligner la nécessité de renforcer les mécanismes de régulation dans le port de Dakar, qui abrite des concessions octroyées aux entreprises étrangères sur 25 ans.

Sur cette table d’échange multiple, Marina Mendes Costa, avocate au Barreau de Sao Paulo et celui de Paris, a présenté l’expérience brésilienne. Selon Marina, « une multitude de formes de PPP existe au Brésil. Dans le secteur des infrastructures aéroportuaires, l’Etat recourt au mélange de PPP et de concession ».

Autour de Marsa Maroc, Mohamed Abdeljalil, président du Directoire, et Mohamed Jamal Benjelloun, Directeur général de Nador West Med, ont mis l’accent sur la loi 15/02, relative aux ports et portant création de l’Agence Nationale des Ports et de la Société d’exploitation des ports, votée par le Parlement en 2005. Selon eux, si aujourd’hui la qualité et la gestion des infrastructures portuaires au Maroc paraît améliorée, c’est bien grâce à cette loi.

Le quatrième panel, portant sur le capital humain et le développement du leadership, a fédéré les six intervenants qui ont affirmé haut et fort l’urgence de préparer les compétences africaines pour l’accompagnement de la transformation du continent. « Il est indispensable de promouvoir la science en Afrique pour relever les défis du développement. Notre continent jouit d’un grand capital humain et immatériel mais cela ne suffit pas. Il faut trouver les moyens appropriés pour l’exploiter et le transformer à bon escient », assure Lahcen Daoudi, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation des cadres du Maroc. Et d’ajouter que la ville de Fès « abrite la première université au monde : Al Qaraouine en l’An 867. Notre pays a toujours été un creuset de richesse immatérielle, en plus de son soutien aux pays africains dans le domaine de la formation. Le Maroc accueille 14 000 étudiants africains, dont 8 000 bénéficient d’une bourse octroyée par l’Etat marocain ».

Revenant sur la sur la question de formation, le Président de l’Union patronale de l’enseignement supérieur (UPESUP) de Côte d’Ivoire, Aka Elete, a réaffirmé que « les pays africains ont besoin de compétences pour rattraper le retard. En Afrique, il convient de développer à la fois le savoir, le « savoir-faire faire » et le savoir-être ». Dans ce même ordre d’idées, Larbi Bencheikh, DG de l’OFPPT, a affirmé son engagement dans l’accompagnement des entreprises marocaines œuvrant dans la branche des transports et de la logistique. Il a précisé que « l’OFPPT a formé plus de 85 000 chauffeurs professionnels en 2014, et qu’il a les capacités requises pour combler les besoins de formation exprimés par les différents secteurs ».

Pour Mohammed Zouhair El Aoufir, Directeur général de l’Office national des aéroports (ONDA), le capital humain joue un rôle majeur quand il s’agit de relever les challenges liés à l’augmentation de la capacité d’accueil des aéroports du Royaume. Dans ce sens, l’importance du partage d’expériences dans le domaine la formation à l’échelle continentale a été unanimement reconnue lors de ces panels.

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